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No 7 - octobre 1999

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EDITO

Le vice commence
quand on délaisse le tout pour la partie

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Poètes, humoristes et écrivains, les hommes de lettres ont pour mission commune de nous livrer des propos incitant à la réflexion salutaire. Comme celui de Paul Valéry, cité en titre.

Combien de fois n’ai-je pas entendu un audiophile souhaiter améliorer un système médiocre par l’adjonction de câbles de grande qualité ! Ou espérer résoudre des problèmes majeurs en disposant ses enceintes sur des pointes. Même si des câbles particulièrement musicaux apportent un réel plus dans une installation performante, il est impératif de se préoccuper avant toute chose de l’essentiel: la colonne vertébrale constituée par l’amplificateur et les enceintes acoustiques.

D’une manière analogue, sacrifier la musique sur l’autel du bruit me paraît pour le moins douteux.
Et pourtant, cela arrive quelquefois: alors que celui qui préfère le bruit à la musique ferme ce journal et m’oublie. Si par contre, toujours sensible à la musique, vous méditez sur l’opportunité d’un système home cinéma chez vous, interrogez-vous donc sur la différence existant entre

sensations et émotions.

Comme leur nom l’indique, les sensations nous parviennent par nos cinq sens. Les frayeurs du grand huit au luna-parc, du canyoning ou du saut à l’élastique... Nous aimons vivre les sensations par images interposées, agrémentées si possible d’effets spéciaux impressionnants. Et plus un film les utilise, plus la technique de projection sera pourvue d’artifices.

Les émotions, quant à elles, touchent notre état affectif intense, bien davantage que les sensations. Pour être vécues par images ou sons interposés, elles requièrent des moyens techniques différents: pas d’artifices, mais une plus grande fidélité.

Si vous souhaitez donc lier l’image au son, dans votre environnement domestique, il est impératif de choisir le type de message que vous désirez privilégier.

Pour la débauche d’effets spéciaux,

lorsque les fusils tonnent comme des canons, les coups de poings s’accompagnent de claquements de fouets et l’hélicoptère décoiffe sans courant d’air, le dolby surround 5 canaux (+1) est spécifiquement adapté. Le problème est que, orienté vers le culte des bruitages, il n’est adapté qu’à cela. Car la médiocrité de restitution sonore des installations spécifiquement surround, d’un prix “abordable”, ne permet pas de regarder un opéra ou d’écouter correctement de la musique, même en coupant les 3 canaux supplémentaires.

Pour le vrai cinéma et la musique,

un système stéréo de qualité branché à un téléviseur ou à un projecteur vidéo est bien adapté. Le cinéma traditionnel, où la musique a toute sa place, y sera parfaitement à l’aise. Tout comme l’opéra, le concert et l’écoute musicale sans image. Sans interdire la vision du cinéma à sensation. Ce type d’installation, bien plus polyvalent, correspond au choix du vrai mélomane comme du vrai cinéphile, à la recherche de l’authenticité émotionnelle et non du sensationnel.

Dans tous les cas, pour un budget donné, préférez la qualité à la quantité, c’est-à-dire 2 bons canaux à 5 médiocres !

Car enfin, la musique est essentiellement mouvement intérieur. Elle ne vit qu’auprès de celui qui fait le silence en soi et qui, oubliant le monde des apparences, est capable de l’intérioriser.

Alors bonnes écoutes et bons spectacles.

Jean Maurer

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