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Petite histoire d'une grande rencontre ! par Jean Maurer


Antoine Scheuchzer
Voici la narration
de l'installation la plus surprenante
dans l'histoire de notre société:
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Nous sommes en octobre 1997. Christine Maurer reçoit une commande téléphonique
de Monsieur Antoine Scheuchzer : une installation hifi selon notre thème 5,
c'est à dire constituée notamment d'un préampli-convertisseur Lectron DA 60,
d'un ampli de puissance Lectron JH 60, de 2 enceintes Jean Maurer 325 D5,
d'un lecteur CD Teac et du câblage nécessaire au branchement du tout.
Christine et moi-même sommes très surpris d'une telle commande provenant
d'une personne n'étant jamais venue dans notre show-room; certes Monsieur Scheuchzer
lui a précisé qu'il connaissait et possédait déjà des enceintes Jean Maurer. Mais tout de même !

Deux mois plus tard, lorsque tout est prêt,
je me rends chez ce client un rien mystérieux pour effectuer l'installation.
Et là, dans une demeure de très bon goût, remplie d'instruments de musique magnifiques,
je me trouve en face d'une personne impressionnante, non seulement par sa prestance,
mais également par le peu d'intérêt qu'elle manifeste à l'égard de tout ce qu'elle a commandé.
Un peu surpris, j'effectue la mise en place et le branchement des appareils.
Puis, au moment d' expliquer le fonctionnement du système,
Monsieur Scheuchzer se dérobe et me demande de mettre un CD qu'il me tend avec autorité.
Il s'agit d'une oeuvre orchestrale que je ne connais absolument pas: je m'enquiers du
nom du compositeur. Il me répond que c'est normal que je ne connaisse pas cette oeuvre...
Puis il me demande comment je trouve la qualité de prise de son, et celle du pianiste.
Il m'affirme ensuite que c'est lui qui a fait la prise de son, ... et qui joue du piano. Il y a trop.
On se moque de moi ! Alors je m'enquiers plus fermement du nom du compositeur.
"Schumann, si vous voulez", me répond-il.
"Je ne connais rien de Schumann qui ressemble à ça".
"Vous ne pouvez pas connaître. C'est moi qui ai composé !" conclut-il.
Je craque, devant l'invraisemblable de la situation : "Vous vous moquez, ça c'est impossible !".
Sur ce, Monsieur Scheuchzer tourne les talons, puis revient avec un gros cahier de musique manuscrite,
qu'il pose sur la table en me lançant : "lisez-donc !".
Je suis en face du premier mouvement du concerto pour piano, violon et orchestre d'Antoine Scheuchzer...
La pièce manquante du puzzle est trouvée : Mon client est un musicien totalement génial,
qui n'a que faire des contingences techniques.
Pour lui, la musique prend toute la place qu'elle mérite, et la technique n'est que son humble serviteur.

En terminant l'installation, je me suis alors délecté de ce premier mouvement, seul composé à ce moment.
Cette oeuvre magnifique, achevée depuis, a été créée le 9 juillet 2000 à Lausanne.
Voici sa présentation :

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Le Concerto
pour piano, violon
et orchestre

d'Antoine Scheuchzer

créé le dimanche 9 juillet 2000 à 22h

à la cathédrale de Lausanne

dans le cadre du festival de la Cité

interprété par l'Orchestre du festival (40 musiciens)

sous la direction de Nicolas Chalvin,

avec Julie Lafontaine, violon et Marie-Cécile Bertheau, piano.

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ANTOINE SCHEUCHZER

Né à Lausanne en 1945, issu d'une famille d'inventeurs et d'industriels (son grand-père, originaire du canton de Zurich, avait émigré dans le canton de Vaud puis inventé notamment les cribleuses et les bourreuses de ballast ferroviaire), Antoine Scheuchzer a refusé de suivre professionnellement les cours du Conservatoire, comme l'auraient souhaité ses parents, préférant poursuivre ses études classiques. Docteur en droit de l'Université de Lausanne, il est l'auteur d'une thèse remarquée et plusieurs fois primée : Nouveauté et activité inventive en droit européen des brevets (Georg, Genève). Depuis 1982, il exerce à Lausanne la profession d'avocat, spécialisé en propriété industrielle et en droit d'auteur, tout en chapeautant, avec son cousin Jacques Scheuchzer, la société familiale Scheuchzer SA qui se voue à l'entretien mécanisé des voies de chemin de fer.

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PARCOURS MUSICAL

Ayant tâté de divers instruments dans son enfance, Antoine Scheuchzer a appris, dès l'âge de 10 ans, à lire les doubles croches hors de portée grâce au corps des Fifres et tambours des collèges lausannois. Nelly Goumaz et Yvonne Baier lui enseignent le piano au Conservatoire, mais le futur compositeur préfère alors entamer des études de droit. Il suit néanmoins les classes de Willy Hauer et subit avec plaisir l'enthousiasme de Reiner Boesch pour la musique contemporaine et... Mozart. Mais c'est une dame âgée vivant au Mont-sur-Lausanne, Marie-Louise Sérieyx, qui lui insuffle le virus de la composition en l'asservissant impitoyablement aux règles musicales de la schola cantorum, dont personne n'est jamais sorti indemne, et en lui transmettant son art de la fugue. Compositeur de chansons jugées bienvenues par quelques interprètes romands et leur public, arrangeur et accompagnateur de variétés, Antoine Scheuchzer n'a pu se consacrer à la composition que dans ses loisirs, ce qui explique la minceur de son oeuvre.


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Présentation de l'oeuvre par le compositeur :

LE DOUBLE CONCERTO

C'est en 1997 qu'ont été couchées les premières mesures. L'idée d'un concerto pour deux solistes et orchestre avait germé depuis longtemps, mais l'occasion de se mettre à I'oeuvre, en particulier sur le plan technique, avait été systématiquement repoussée, l'informatique se révélant, ici en musique comme souvent dans l'industrie, un très sûr moyen de ne jamais parvenir au terme. C'est grâce à un énième ordinateur, dont l'incompatibilité avec ses prédécesseurs puis ses successeurs avait pu être vaillamment retardée, et surtout grâce au talent de Pierre-André Grivet assistant à la réalisation musicale, qu'il a été enfin possible d'éditer le Concerto pour piano, violon et orchestre et de l'offrir à la lecture des musiciens (janvier 2000).

Conçue en trois mouvements, l'oeuvre n'a rien de révolutionnaire dans sa construction, reprenant la forme sonate classique.

Le premier mouvement Allegro met d'emblée aux prises les deux solistes : piano et violon paraissent se mettre en quête d'un thème qui pourrait les unir. Il n'y aura aucune bataille entre les deux instrumentistes pour gagner la prééminence, même si la première cadence se voit entièrement réservée au violon : c'est dans l'échange que la partition solo trouve sa force, un peu comme la Suisse le fera dans l'Europe.

Le deuxième mouvement, Adagio cantabile, se déroule comme une complainte, avec couplets et refrain. Le rythme ternaire, renforcé par des triolets lancinants qui accompagnent le mouvement de la première à la dernière note, semble accentuer l'emprise de la fatalité sur l'évolution de l'être vers son inéluctable fin.

Réveil au troisième mouvement, Allegro vivace, dont le thème tonique est décliné dans tous les tons. Mais là aussi, des fêlures apparaissent, la belle harmonie se lézarde et les développements colorés de mineur ouvrent de nouvelles portes. Une cadence calmement rythmée, non improvisée, s'offre aux deux solistes comme une respiration éthérée annonçant l'emballement final.

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LE STYLE

Il n'est pas de la pure provocation. A souhait d'auteur, ce concerto devrait entraîner l'auditeur dans une marche initiatique, dont on ressort transformé. Si la musique reste par essence l'art de faire du neuf avec du vieux - les 12 notes de la gamme - la manière dont l'harmonie se déroule n'est pas sans influence sur les sentiments : tel passage rappellera un auteur ancien, tel autre un terrain connu, puis le choc des souvenirs permettra à tel développement, en soi parfaitement lisible, d'apparaître, ici placé, déroutant et non balisé.

L'opposition consonance - dissonance n'est ni théorique ni artificielle. Elle procède de la vie même, faite de tensions et d'apaisements, de drames et de joies, de morts abominables et de naissances sublimes. Consonance - dissonance : chacun mettra dans l'une au l'autre le poids qu'il estime nécessaire, approprié à son état d'âme. Il est permis de penser que les compositeurs du XXe siècle, par une musique qui a élevé la dissonance au rang de religion d'Etat, au-delà de l'effet de mode ont aussi traduit artistiquement l'horreur et la répulsion que ce siècle de violence ne peut qu'inspirer à l'humaniste mis en présence de la barbarie.

Or quoique résolument tonal dans sa facture, ce double Concerlo pour piano, violon et orchestre n'échappe pas au conflit de la dissonance : un minimum de mémoire, de la part de l'auditeur, lui prouvera qu'il a perçu bien plus que les trois notes « justes » de l'accord. Tous comptes faits, en désharmonisant à distance les harmonies, le jongleur de consonances que j'aimerais être ne divorce pas fondamentalement des compositeurs contemporains : comme eux, j'utilse les 12 notes de la gamme.

Mais pas toutes en même temps.

Antoine Scheuchzer

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Note personnelle

 Lors de l'installation d'un système haute-fidélité chez Monsieur Antoine Scheuchzer, en décembre 1997,
j'ai pu entendre le premier mouvement du concerto pour piano, violon et orchestre, enregistré sur CD par le compositeur lui-même : ce fut un moment fascinant. Par essence parfaitement post-romantique, dans tout ce que j'aime de Robert Schumann à Richard Strauss, cette musique quitte subitement les terrains connus pour apporter des éclairages nouveaux, mais sans violence et sans "douleur". Les dissonances ne sont jamais dominantes, mais discrètes comme un plat aigre-doux savamment préparé. J'avais l'impression que cette oeuvre était un aboutissement direct du post-romantisme. Mais elle est peut-être davantage une suite à la musique contemporaine. De celle qui pourra rallier le public à la musique dite sérieuse d'aujourd'hui.
En tout état de cause, cette création a été pour nous un grand moment !

Jean Maurer


Informations pratiques ...

Cette musique superbe n'est malheureusement pas encore disponible commercialement sur CD.
Le jour où cela sera le cas, nous vous informerons immédiatement sur cette même page.

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